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Organisation

Urgent ou important : pourquoi on choisit souvent le mauvais

Une étude montre qu'une simple échéance suffit à nous détourner de ce qui compte. Comprendre ce biais et trier tes tâches avec la matrice d'Eisenhower.

Par Nadir - ForgeMe · · 4 min de lecture

Photo : Michaela St / Unsplash

Tu as déjà terminé une journée bien remplie, avec des mails traités, des petites choses réglées, des messages envoyés, pour te rendre compte le soir que la tâche vraiment importante n'a pas bougé d'un millimètre ? Ce n'est pas forcément un manque de volonté. Des chercheurs ont montré en laboratoire que l'urgence attire notre attention, même quand elle ne rapporte rien.

L'effet de l'urgence pure

En 2018, Meng Zhu, Yang Yang et Christopher Hsee ont publié dans le Journal of Consumer Research une série de cinq expériences sur la manière dont on choisit entre une tâche urgente et une tâche importante. Le principe était simple : proposer deux tâches de difficulté comparable, l'une qui rapporte plus que l'autre, et donner à la moins intéressante une échéance courte.

Dans l'une des expériences, la tâche la moins récompensée « expirait » soit dans 10 minutes, soit dans 24 heures. Quand elle expirait dans 24 heures, 13 % des étudiants la choisissaient. Quand elle expirait dans 10 minutes, ils étaient 31 %, alors qu'elle rapportait toujours moins.

Les auteurs appellent cela l'effet de simple urgence : on se comporte comme si accomplir une tâche pressée avait un attrait en soi, indépendamment de ce qu'elle apporte. Leur explication : un délai court capte notre attention et la détourne de ce qui compte, c'est-à-dire les conséquences de la tâche.

Deux détails de l'étude sont précieux pour toi :

  • Quand on rappelait clairement aux participants ce que chaque tâche rapportait, l'effet diminuait.
  • Les personnes qui se sentent souvent débordées y étaient plus sensibles, parce qu'elles sont en permanence tournées vers le temps qui reste.

Une vieille distinction toujours utile

En 1954, lors d'un discours à l'université Northwestern, le président américain Dwight Eisenhower a cité un ancien président d'université : « J'ai deux sortes de problèmes, les urgents et les importants. Les urgents ne sont pas importants, et les importants ne sont jamais urgents. » La phrase est volontairement exagérée, mais elle a donné son nom à un outil bien connu : la matrice d'Eisenhower, qui classe les tâches selon deux questions.

  • Important et urgent : tu t'en occupes maintenant.
  • Important mais pas urgent : tu lui réserves un moment précis dans ton agenda. C'est la case qui fait avancer ta vie, et c'est celle qu'on sacrifie le plus souvent.
  • Urgent mais pas important : tu le fais vite, tu le regroupes avec d'autres petites choses, ou tu le confies à quelqu'un.
  • Ni urgent ni important : tu peux sans doute le rayer.

Quatre réflexes tirés de la recherche

1. Écris ce que chaque tâche t'apporte. Puisque l'effet faiblit quand les conséquences sont visibles, note à côté de tes tâches principales une courte phrase : « me rapproche de mon objectif de reconversion », « évite une pénalité ». Au moment de choisir, ces mots rééquilibrent la balance face au chrono.

2. Donne une vraie échéance à l'important. Une tâche importante sans date reste invisible face aux urgences des autres. Fixe-lui une date et un créneau, même artificiels. Tu crées une urgence légitime, au service de ce qui compte.

3. Repère les fausses urgences. Une offre qui « expire ce soir », une notification rouge, un message marqué « rapide » : tout cela joue exactement sur le mécanisme décrit par Zhu et ses collègues. Avant de réagir, demande-toi ce qui se passerait vraiment si tu attendais demain.

4. Ralentis quand tu te sens débordé. C'est précisément dans ces moments que tu es le plus sensible à l'urgence. Prends deux minutes pour relire ta liste et choisir consciemment la prochaine tâche, au lieu de suivre la plus bruyante.

Une routine de tri en cinq minutes

Chaque matin, ou la veille au soir :

  1. Liste tout ce qui te passe par la tête.
  2. Pour chaque élément, réponds par oui ou non à « est-ce important ? » puis à « est-ce urgent ? ».
  3. Choisis une seule tâche importante et non urgente pour la journée, et place-la dans un créneau où tu es en forme.
  4. Regroupe les petites urgences dans un bloc, par exemple en fin de matinée.
  5. Raye sans culpabilité ce qui n'est ni l'un ni l'autre.

L'objectif n'est pas d'ignorer les urgences, certaines sont réelles. C'est de garder une place, chaque jour, pour ce qui compte vraiment.

Avec ForgeMe

Dans ForgeMe, chaque tâche peut recevoir une priorité et une échéance : c'est le moyen le plus simple de donner une date à l'important avant que les urgences ne remplissent ta journée. Pour un projet important, un objectif découpé en sous-objectifs te permet de garder sous les yeux la raison pour laquelle chaque étape compte.

Sources

  1. Zhu, M., Yang, Y. et Hsee, C. K. (2018). The Mere Urgency Effect. Journal of Consumer Research, 45(3), 673-690. doi.org/10.1093/jcr/ucy008
  2. Eisenhower, D. D. (1954). Address at the Second Assembly of the World Council of Churches, Evanston, Illinois. The American Presidency Project, UC Santa Barbara. www.presidency.ucsb.edu/documents/address-the-second-assembly-the-world-council-churches-evanston-illinois

Écrit parNadir - ForgeMe

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