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Procrastination : un problème d'émotions plus que de temps
Repousser une tâche soulage sur le moment et coûte cher ensuite. Ce que la recherche dit de la procrastination, et cinq étapes concrètes pour reprendre la main.
Par Nadir - ForgeMe · · 4 min de lecture
Photo : Sanket Mishra / Unsplash
Tu sais exactement ce que tu dois faire. Tu as même le temps. Et pourtant, tu ranges ton bureau, tu vérifies tes messages, tu regardes « juste une vidéo ». Si la procrastination était un simple problème d'organisation, un bon agenda suffirait à la régler. Les chercheurs qui l'étudient depuis des années proposent une autre explication, et elle change la façon de s'y attaquer.
Ce n'est pas (seulement) un problème de temps
En 2013, Fuschia Sirois et Timothy Pychyl, deux spécialistes de la procrastination, ont publié une synthèse dans Social and Personality Psychology Compass. Leur idée centrale : la procrastination est avant tout une façon de réparer son humeur à court terme.
Face à une tâche qu'on trouve désagréable, ennuyeuse, angoissante ou floue, on ressent un inconfort. Repousser la tâche fait disparaître cet inconfort immédiatement. Les auteurs reprennent une formule d'autres chercheurs : on « cède pour se sentir bien ». Le problème, c'est que la facture est envoyée à quelqu'un d'autre : ton futur toi, qui devra faire la même tâche avec moins de temps et plus de stress.
Ils soulignent aussi un cercle vicieux. La procrastination s'accompagne souvent de culpabilité, de honte et d'autocritique. Ces émotions désagréables rendent la tâche encore plus pénible à aborder, ce qui pousse à la repousser encore.
Se pardonner pour avancer
Une étude canadienne illustre bien comment casser ce cercle. En 2010, Michael Wohl, Timothy Pychyl et Shannon Bennett ont suivi des étudiants entre deux examens partiels. Ils ont mesuré à quel point chacun s'était pardonné d'avoir procrastiné avant le premier examen.
Résultat : les étudiants qui s'étaient pardonné leur procrastination avant le premier examen ont moins procrastiné en révisant pour le second. D'après les auteurs, le pardon réduisait les émotions négatives liées à la tâche, ce qui la rendait plus abordable la fois suivante.
Se pardonner ne veut pas dire trouver ça normal ou s'en moquer. C'est reconnaître ce qui s'est passé, sans se flageller, pour pouvoir s'y remettre.
Cinq étapes pour reprendre la main
Puisque la procrastination est une affaire d'émotions, les techniques qui marchent le mieux visent à rendre la tâche moins pénible à aborder, plutôt qu'à te forcer.
- Nomme ce que tu évites vraiment. Pose-toi la question : qu'est-ce qui me déplaît dans cette tâche ? Elle est floue ? J'ai peur du résultat ? Elle est ennuyeuse ? Mettre un mot dessus réduit déjà la tension.
- Réduis la première marche. Au lieu de « écrire le dossier », vise « ouvrir le document et écrire le titre ». Une action de deux minutes déclenche beaucoup moins de résistance.
- Pense à ton futur toi. Imagine concrètement la personne que tu seras jeudi soir, avec la tâche toujours à faire. C'est elle qui paie le prix du report. Fais-lui un cadeau aujourd'hui.
- Accepte l'inconfort quelques minutes. L'envie de fuir est souvent la plus forte juste avant de commencer. Dis-toi : « Je fais cinq minutes, ensuite je décide. » Une fois lancé, c'est souvent plus supportable que prévu.
- Pardonne-toi le retard déjà pris. Au lieu de « je suis nul, j'aurais dû commencer lundi », essaie « j'ai repoussé parce que c'était difficile, maintenant je reprends ». C'est exactement ce que l'étude de Wohl suggère.
Repérer tes déclencheurs
Pendant une semaine, chaque fois que tu te surprends à repousser une tâche, note rapidement trois choses : la tâche, ce que tu as fait à la place, et ce que tu ressentais juste avant. Tu verras vite apparaître des tendances : certaines tâches, certaines heures, certaines émotions reviennent.
Ces observations te permettent d'agir en amont. Si c'est toujours l'appel administratif qui traîne, programme-le le matin, quand tu as le plus d'énergie. Si c'est l'angoisse du résultat qui bloque, commence par un brouillon que personne ne verra.
Et si ça devient lourd
Tout le monde procrastine de temps en temps. Mais si cela te pèse au point d'affecter ton travail, tes études ou ton moral sur la durée, en parler à un professionnel peut t'aider à comprendre ce qui se joue derrière.
Avec ForgeMe
Découpe la tâche que tu évites en sous-tâches minuscules dans ForgeMe : la première doit tenir en deux minutes. Ajoute un rappel au moment où tu as le plus d'énergie, et utilise le journal pour noter, quand tu repousses quelque chose, ce que tu ressentais à ce moment-là.
Sources
- Sirois, F. et Pychyl, T. (2013). Procrastination and the Priority of Short-Term Mood Regulation: Consequences for Future Self. Social and Personality Psychology Compass, 7(2), 115-127. doi.org/10.1111/spc3.12011
- Wohl, M. J. A., Pychyl, T. A. et Bennett, S. H. (2010). I forgive myself, now I can study: How self-forgiveness for procrastinating can reduce future procrastination. Personality and Individual Differences, 48(7), 803-808. doi.org/10.1016/j.paid.2010.01.029
Écrit parNadir - ForgeMe


