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Santé mentale

Rater sans se flageller : l'auto-compassion qui fait avancer

Être dur avec soi après un échec semble motivant. Les études montrent plutôt l'inverse : la bienveillance envers soi aide à rebondir et à progresser.

Par Nadir - ForgeMe · · 4 min de lecture

Photo : Artem Kovalev / Unsplash

Tu as raté ta séance de sport, laissé filer une échéance, ou cassé une série que tu tenais depuis des semaines. Très vite, une petite voix s'installe : « Tu n'as aucune volonté. Tu ne changeras jamais. » Beaucoup pensent que cette sévérité est nécessaire pour se remettre au travail. La recherche dit plutôt l'inverse.

L'auto-compassion, de quoi parle-t-on ?

La psychologue Kristin Neff, de l'université du Texas à Austin, a proposé en 2003 une définition devenue une référence dans la recherche. Selon elle, l'auto-compassion repose sur trois éléments :

  • La bienveillance envers soi : se traiter avec gentillesse et compréhension face à la douleur ou à l'échec, plutôt que de se juger durement.
  • Le sentiment d'humanité commune : voir ses difficultés comme une partie de l'expérience humaine, et non comme quelque chose qui nous isole des autres.
  • La pleine conscience : reconnaître ses pensées et ses émotions douloureuses avec équilibre, sans les nier ni s'y noyer.

Neff distingue l'auto-compassion de l'estime de soi. Il ne s'agit pas de se trouver formidable ou de se comparer favorablement aux autres. Il s'agit de la façon dont on se traite quand ça ne va pas.

Est-ce que ça rend paresseux ?

C'est l'objection la plus fréquente : si je suis gentil avec moi-même, je vais me laisser aller. Juliana Breines et Serena Chen, de l'université de Californie à Berkeley, ont testé cette idée dans quatre expériences publiées en 2012.

Dans l'une d'elles, des étudiants passaient un test de vocabulaire volontairement difficile, conçu pour que la plupart obtiennent un mauvais score. Ensuite, un groupe recevait un message bienveillant : en substance, « si tu as eu du mal, tu n'es pas seul, c'est courant avec ce type de test, essaie de ne pas être trop dur avec toi-même ». Un autre groupe recevait un message centré sur l'estime de soi, un troisième aucun message. Puis on leur laissait réviser autant qu'ils le voulaient avant un second test.

Les étudiants du groupe « auto-compassion » ont révisé plus longtemps : environ 5 minutes en moyenne, contre 3 à 4 minutes dans les deux autres groupes. Et le temps passé à réviser allait de pair avec un meilleur score au second test. Dans les autres expériences, l'auto-compassion augmentait aussi la conviction qu'une faiblesse personnelle peut s'améliorer, et l'envie de réparer une erreur et de ne pas la reproduire.

La conclusion des chercheuses : aussi paradoxal que cela paraisse, accepter son échec avec bienveillance peut rendre plus motivé à s'améliorer, et non moins.

Remplacer l'autocritique, étape par étape

Après un échec, essaie ce petit protocole en trois temps, directement inspiré des trois éléments de Neff :

  1. Reconnais ce qui se passe. « Je suis déçu de moi. Ça me fait de la peine d'avoir raté ça. » Juste constater, sans dramatiser ni minimiser.
  2. Rappelle-toi que c'est humain. « Tout le monde rate des échéances. Ce n'est pas une preuve que je suis un cas désespéré, c'est une expérience que partagent des millions de gens. »
  3. Parle-toi comme à un ami. Imagine qu'un proche vive exactement la même situation. Que lui dirais-tu ? Probablement quelque chose comme « Tu as eu une semaine chargée, c'est normal. Qu'est-ce qui t'aiderait à reprendre demain ? » Adresse-toi la même phrase.

Puis passe à l'action, en petit : quelle est la prochaine étape réaliste ?

Écouter la façon dont tu te parles

Pendant quelques jours, sois attentif à ton dialogue intérieur après une erreur. Note les phrases qui reviennent. Souvent, ce sont des généralisations (« je rate toujours tout ») ou des étiquettes (« je suis nul »).

Pour chacune, écris une version plus juste et plus bienveillante : « J'ai raté cette fois-ci, et j'ai réussi d'autres choses cette semaine. » L'idée est de t'entraîner, petit à petit, à ce que la version bienveillante te vienne plus spontanément.

Ce que l'auto-compassion n'est pas

  • Ce n'est pas se trouver des excuses. Dans l'étude de Breines et Chen, les participants invités à l'auto-compassion étaient plus motivés à réparer leurs torts et à ne pas recommencer, pas moins.
  • Ce n'est pas de l'apitoiement. Le sentiment d'humanité commune empêche justement de se sentir seul au monde avec son problème.
  • Ce n'est pas réservé aux grandes épreuves. C'est utile au quotidien, pour une série cassée comme pour un projet qui échoue.

Si l'autocritique devient envahissante ou s'accompagne d'une tristesse qui dure, en parler à un professionnel est une vraie marque de soin envers toi.

Avec ForgeMe

Quand tu manques un jour, ta flamme peut s'éteindre, sauf si un gel la protège. Dans les deux cas, c'est un bon moment pour tester ce protocole. Le journal te permet d'écrire les trois étapes noir sur blanc, puis de choisir une prochaine petite tâche ou de relancer ton rituel dès le lendemain.

Sources

  1. Neff, K. D. (2003). Self-Compassion: An Alternative Conceptualization of a Healthy Attitude Toward Oneself. Self and Identity, 2(2), 85-101. doi.org/10.1080/15298860309032
  2. Breines, J. G. et Chen, S. (2012). Self-Compassion Increases Self-Improvement Motivation. Personality and Social Psychology Bulletin, 38(9), 1133-1143. doi.org/10.1177/0146167212445599

Écrit parNadir - ForgeMe

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